Hermann HESSE

220px-Hermann_Hesse_1927_Photo_Gret_Widmann« Loin de tendre à une fin quelconque, la véritable culture, comme toute aspiration à la perfection, porte en elle son propre sens. La recherche de la souplesse, de la beauté et de la force physique ne vise pas seulement à la richesse, à la célébrité et la puissance. Elle possède sa rétribution en elle-même : elle accroît la joie de vivre et la confiance en soi ; elle nous rend plus gais, plus heureux ; elle nous procure un sentiment de santé et de sécurité plus intense. L’aspiration à la culture, c’est-à-dire au perfectionnement spirituel et moral, n’est pas non plus un chemin laborieux, conduisant à des buts incertains et limités. Heureuse et fortifiée, notre conscience au contraire s’élargit, notre potentiel de vie et de bonheur s’enrichit. »

Prix Nobel de littérature en 1946, Hermann Hesse (1877-1962) est un grand témoin du XX° siècle. Né à Calw en Allemagne, dans une famille de missionnaires protestants, le jeune Hermann s’enfuit du séminaire évangélique de Maulbronn, pour échapper à l’enfermement des lieux. En conflit avec ses parents, il devient apprenti mécanicien dans une fabrique d’horloge. Mais après quelques mois, il revient à son amour des livres et trouve une place de libraire à Tübingen. Le jeune homme apprend à collationner, emballer, classer et archiver les ouvrages. Commence alors une vie de travail, de lecture et d’écriture. Après les longues journées de labeur, il continue d’enrichir sa culture personnelle. A l’âge de 22 ans, il part pour Bâle, en Suisse, afin de travailler dans une librairie d’occasion. Ce nouvel horizon de vie lui procure une autre vision du monde. Très inspiré par la lecture des grands romantiques allemands, Hermann Hesse trouve aussi des influences dans les littératures indienne et chinoise. Il voyage en Italie, se passionne pour les auteurs européens, et commence à publier des œuvres à succès.

Pendant la première guerre mondiale, il invite les intellectuels allemands à ne pas tomber dans les polémiques nationalistes. Il est en relation avec Romain Rolland, Stefan Zweig, Thomas Mann ou Carl Jung. En 1927, il publie un article édifiant : « Une bibliothèque de Littérature Universelle ». Il cite avec enthousiasme tous les grands auteurs européens, depuis l’Antiquité jusqu’à son époque. Sa vision du monde est universelle, ses influences spirituelles sont orientales, mais son idéalisme est européen. Dans les années trente, ses positions humanistes lui vaudront d’être interdit de publication par le régime nazi. La liste de ses œuvres est importante : de nombreux romans, mais aussi des essais ou des articles sur la culture et l’esprit de son époque. Son Prix Nobel de Littérature en 1946, après les années de barbarie nazie, marque le retour de l’Allemagne humaniste dans le concert des nations. Sa victoire n’est pas la revanche d’un petit libraire. C’est le triomphe de l’esprit européen.