Au commencement était la nuit

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L’Europe est née d’un songe, dans un palais d’orient, sous une nuit semée d’étoiles. Une jeune princesse, fille d’un roi puissant, filait un rêve étrange, ses grands yeux tout fermés. Que voyait donc la fille du roi de Tyr ? Quelle vision agitait le voile de ses paupières ? Pourquoi son cœur battait si fort ? Un rêve grandiose, où deux jeunes femmes, d’une grande beauté, se disputaient un royaume. La première, à la peau cuivrée, voulait garder le tout. La deuxième, à la peau claire, emporta sur les flots la moitié des terres. Le lendemain, sur le rivage, alors qu’elle jouait à cueillir des fleurs avec d’autres princesses, un puissant taureau surgit des flots. Un animal splendide, comme elle n’en avait jamais vu, d’une blancheur éclatante. Une perfection de muscles et de force. La jeune fille se laissa séduire et monta sur le dos ruisselant du taureau. Et l’animal emporta la princesse vers des lointains radieux. En cours de chemin, n’y tenant plus, le vigoureux fit un aveu : c’était Zeus en personne, le dieu des dieux, amoureux de la jeune fille, qui avait pris l’apparence du superbe animal. Nos jeunes amants s’unirent en Crète. Ils donnèrent naissance à des enfants nobles, dont le roi Minos. Et Zeus le superbe, une fois ses amours consommées, s’en retourna sur son Olympe, laissant dans les grands yeux de la princesse, avec le souvenir d’une aventure glorieuse, les larmes d’un destin extraordinaire. Europe était son nom.

Europe ! Europa ! Quels sons formidables ! Les syllabes claquent au vent comme un drapeau. En grec, la contraction des mots eurys (large, étendue, vaste), et ops (œil, regard) signifie : « Celle qui a de grands yeux ». On donnera ce prénom dans la Grèce antique aux jeunes filles. Certains auteurs jurent qu’il était répandu. Mais une autre source nous apprend que les marins phéniciens, en nommant les deux rives de la mer Egée, utilisaient le mot Assou pour désigner le côté du levant, et le mot Ereb, pour indiquer celui du couchant. On a retrouvé une stèle assyrienne où sont inscrits ces mots d’origine sémite. Ereb est cité dans un hymne grec à Apollon au VIII° siècle avant JC. On peut donc supposer qu’Assou, le levant, est l’ancêtre du mot : Asie. Ereb, le couchant, enfantera le mot : Europe. Enfin, dans l’Empire Hittite, qui s’étendait en Anatolie, au II ème millénaire avant JC, deux royaumes se faisaient face, de part et d’autre du Bosphore, Assua sur la rive gauche, et Avrupa sur la rive droite. Avrupa : le terme est toujours utilisé dans la langue turque pour désigner l’Europe.

Que dit Hérodote ? Voici ce qu’il écrit : « Quant à l’Europe, il ne paraît pas que l’on sache ni d’où elle a tiré non nom, ni qui le lui a donné ». C’est vrai. Comme tous les mythes, l’Europe n’a pas d’auteur, pas de créateur. On ne sait pas quand elle est née. Là est sa beauté. D’autres légendes racontent qu’Europe est une nymphe aquatique, fille de Téthys et d’Océan, aîné des Titans : une océanide. Elle est entourée des eaux, comme si elle avait surgi des mers à la façon du taureau blanc. Certains de ses rivages sont si découpés par les marées qu’on la croirait associée au dieu de la mer, au point qu’une autre légende témoigne qu’Europe s’est unie à Poséidon, pour enfanter Euphémos, un compagnon de Jason. Il sera le second pilote de l’expédition des Argonautes, à la poursuite de la Toison d’Or. Heureux homme qui avait hérité des pouvoirs de Poséidon, son père, bien avant Jésus, la faculté de marcher sur les eaux !