La traque des travailleurs Européens

En France, il vaut mieux être étranger en situation irrégulière que travailleur européen ! C’est la Haute Assemblée du Sénat qui donne le ton. De quoi s’agit-il ? D’une récompense donnée hier au meilleur apprenti menuisier de France. Qui est désigné ? Un jeune garçon de 19 ans. Jusqu’ici, tout va bien. Quel est le problème ? Ce jeune garçon est albanais, et vit en France de façon irrégulière. Je ne sais pas combien de pays au monde permettent à des jeunes gens de suivre un apprentissage, sans autorisation de vivre sur le territoire. Curieuse anomalie. Quand on voit la chasse qui est faîte à l’encontre des travailleurs européens, qu’ils soient en situation régulière ou pas, on se demande pourquoi les autorités ferment les yeux sur les filières d’apprentissage. Bref, le jeune garçon est donc un clandestin et le Sénat, dans un premier temps, refuse de lui décerner sa récompense.

Jusqu’ici, tout est cohérent. On s’inscrit dans l’esprit de la Loi Savary, du mois de juillet 2014, qui a vocation à filtrer les travailleurs européens sur le territoire français. Les autorités françaises ont fait le choix de complexifier les procédures de détachement, de bloquer les rouages du marché commun européen, et de céder aux sirènes du protectionnisme. Une fois encore, il est bon de rappeler que le détachement représente en France 250 000 européens pour l’année 2014, et 310 000 français détachés en Europe. Faîtes le compte ! Oui, le solde est positif pour la France ! On « exporte » en Europe nos cadres, nos universitaires, nos artistes, nos ingénieurs, nos techniciens, et nous gagnons de points de commerce extérieur grâce aux bienfaits du marché unique Européen.

Alors pourquoi resserrer nos frontières ? Parce que des fraudeurs ont profité du tourbillon de ces nouveaux marchés pour proposer des prix cassés, en provoquant du dumping social. Qui peut supporter qu’un Européen vienne travailler sous notre nez pour des prix invraisemblables ? Personne ! Il est impossible de proposer à moindre prix, des travailleurs qui viennent de l’autre bout de l’Europe. Quand le prix est bas, on peut être certain de glisser vers les zones dangereuses du travail dissimulé. Alors pourquoi tolérer que des Européens travaillent chez nous ? Parce que le Traité de Rome, en 1957, et les Traités suivants, ont gravé dans le marbre le principe de liberté de circulation des travailleurs. Et que la France n’a aucun pouvoir de le restreindre. Le seul pouvoir dont la France dispose, au nom du principe de subsidiarité, c’est d’alourdir les sanctions à l’encontre des fraudeurs. Ce que la loi Savary ne se prive pas de faire, et que la Loi Macron propose d’augmenter encore, dans le cadre de son article 95, sur la lutte contre la prestation de service internationale illégale. Le Premier Ministre a même fait de la surenchère en proposant de porter l’amende pour manquement à toute obligation de vigilance à 500 000 euros ! A suivre…

Revenons à notre jeune apprenti Albanais. Il est désigné meilleur apprenti menuisier de France. Dans un premier temps, le Sénat ne veut pas le recevoir, parce qu’il est en situation irrégulière. Mais sous la pression des médias, le Sénat fait marche arrière dans la journée. La Haute Assemblée annonce alors que le jeune homme, non seulement sera reçu pour obtenir sa récompense, mais bénéficiera d’un titre de séjour. Faut-il rappeler que l’Albanie ne fait pas partie de l’Union Européenne ? Pourquoi traquer de la sorte les seuls travailleurs Européens ? J’ai repris l’expression de « traque » dans un titre de quotidien de Presse. Morale de l’histoire : en France, il vaut mieux être étranger en situation irrégulière que travailleur Européen en situation régulière.