Plus d’Europe ?

Parlement Strasbourg

L’affaire des attentats en France nous oblige à nous poser de vraies questions. Le mouvement populaire et mondiale #JesuisCharlie nous invite au débat sur nos libertés fondamentales. Chacun est conscient qu’il faut plus de sécurité pour mieux protéger les citoyens. Mais de nombreuses voix s’élèvent pour rappeler combien l’excès de sécurité nuirait à nos libertés. Réduire nos libertés serait un formidable cadeau adressé aux ennemis de la démocratie, car c’est précisément le but recherché par les terroristes. Dans un Etat de droit, les autorités sont organisées pour garantir l’exercice de nos libertés. Aux autorités de nous protéger pour nous permettre de continuer à vivre librement.

Les libertés fondamentales sont un catalogue de droits et de devoirs, à géométries variables selon les époques et les circonstances. Leurs principes sont inscrits dans le marbre depuis la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, de 1948, dont le texte est en ligne sur le lien suivant :

 http://fr.wikisource.org/wiki/D%C3%A9claration_universelle_des_Droits_de_l%E2%80%99Homme

C’est l’honneur de l’Europe, et de la France en particulier, d’avoir conçu un texte de droits fondamentaux pour tous les humains. Cette vision française de la liberté, en particulier des libertés fondamentales, s’est étendue au reste de la communauté internationale. La France est libre dans ses gènes, dans sa nature, dans non nom. Le terme Francus, au VI° siècle, désigne un homme libre. Le mouvement des communes, au XI° siècle, traduit un puissant désir d’émancipation. Combien de Villes franches ? Combien de serfs affranchis ? Même notre vocabulaire commercial garde la trace de cette aspiration génétique à la liberté. Ne dit-on pas Franchise, pour désigner un réseau de commerçants indépendants ? Ce puissant amour du peuple français, pour la liberté, aboutira à la rédaction de la Déclaration des droits de l’Homme, au début de la révolution, en 1789. Les amours tumultueuses de la France et de la liberté ne commencent pas à la révolution. Rappelons-nous ce que disait de Gaulle : « Il existe un pacte vingt fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté du Monde. »

Mon passage au Parlement Européen, en décembre 2014, m’a fait prendre conscience d’une chose. Nous sommes 500 millions de citoyens, et nous avons choisi d’unir nos destins, à travers des institutions communes. Les institutions européennes sont nées après la 2ème guerre mondiale pour empêcher que l’Europe, encore une fois, bascule dans l’horreur et le sang. L’Europe veut rester libre et humaniste. C’est sa tradition la plus profonde. Les Pères Fondateurs étaient animés d’un véritable esprit de fraternité humaine. J’ai pensé à leur message quand je suis entré dans l’hémicycle. C’était une émotion forte. Dans cette enceinte, sont discutés les moyens et les limites de nos libertés Européennes. C’est la raison d’être d’un Parlement de permettre le débat public. Pas de place ici pour les armes. Seule comptent les paroles et les idées.

Je remercie sincèrement le Parlement pour son accueil et sa disponibilité. Un lieu de simplicité et de liberté. Je sais que nos institutions et nos hommes politiques ne sont pas parfaits. Je sais que l’Europe est complexe et parfois pesante. Je sais que les directives et les règlements sont des casse-têtes juridiques. Je sais que des minorités politiques bloquent certains dossiers. Je sais que les Etats Membres sont souvent divisés. Je sais aussi que de nombreux citoyens doutent des institutions Européennes, mais je sais surtout que je me suis senti libre au sein de cette grande maison commune. Et la protection de ma liberté, je la dois aussi au Parlement Européen. Liberté de penser, de publier, de travailler, d’entreprendre, et de créer de la richesse. N’ayons pas peur de la liberté. Elle n’est jamais acquise, mais reste toujours à conquérir. Elle est simple et fragile. C’est notre bien commun le plus précieux disait Don Quichotte : « La liberté, Sancho, c’est le cadeau le plus précieux que le ciel à fait aux hommes. »

Alors plus d’Europe ? Oui, si c’est pour plus de libertés…