En passant par la Lorraine…

La semaine dernière, j’étais en Lorraine, pour rencontrer des entreprises en mal de main d’œuvre. La Lorraine, terre industrielle par excellence, terre d’accueil et de travail, au carrefour de l’Europe. Après le Traité de Verdun, en 843, les trois petits fils de Charlemagne se sont partagé l’empire du grand père. A l’Ouest, Charles le Chauve jette les bases d’un royaume qui deviendra la France. A l’Est, Louis le Germanique va fonder un royaume germanique. Au centre, Lothaire va défendre son territoire entre les deux encombrants voisins, et lui donner son nom : la Lotharingie. C’est l’origine du mot : Lorraine. Un territoire convoité au fil des siècles, par des voisins ambitieux, Allemands et Français, mais aussi par la puissante Bourgogne, et l’Empire des Habsbourg.

Au XVIII° siècle, à l’époque où les grands de ce monde se partagent l’Europe, on décide, après d’âpres négociations avec Charles VI de Habsbourg, que Stanislas, roi de Pologne déchu, mais beau-père de Louis XV, recevra le titre de Duc de Lorraine, pour permettre l’annexion à la couronne de France, après sa mort. Stanislas participe au rapprochement de la France et de la Pologne. C’est un bâtisseur. Il embellit Nancy et Lunéville. C’est un Européen des Lumières. Qu’on en juge par ses titres : Stanislas, par la grâce de Dieu, Roi de Pologne, Grand-Duc de Lituanie, Russie, Prusse, Mazovie: Samogirle, Kiovie, Volhinie, Podlachie, Livonie, Smolensk, Sévérie, Czernichovie, Duc de Lorraine et de Bar, Marquis de Pont-à-Mousson et de Nomeny, Comte de Vaudemont, de Blamont, de Sarwerden, et de Salm.

La Lorraine est toujours une terre industrielle. J’y ai visité de belles entreprises, loin des clichés de la « Lorraine dévastée », pour reprendre les propos de Maurice Barrès. Dans le bassin de Pompey, au nord de Nancy, la zone a retrouvé un très bon niveau d’emplois. Touchées de plein fouet par la crise de la sidérurgie au début des années 1980, des PME ont su développer un vrai tissu d’attractivité. Elles ont multiplié les offres et les compétences. On est loin des clichés sur la crise, dans une zone historique où l’on a toujours su relevé les défis, à l’endroit même où la Tour Eiffel a été fabriquée.

Plus au Nord, je suis passé à Gandrange, devant le haut fourneau désaffecté. Bien sûr, sa masse noire immobile est une vision de désolation. Bien sûr, de nombreux chômeurs ont fait les frais de politiques hasardeuses. Mais ce que je retiens de mon passage dans la région, c’est la rencontre avec ces nombreuses PME qui se battent au quotidien pour défendre leur savoir-faire et leurs emplois. Partout la même envie. Partout la même fierté du travail bien fait. Partout le même amour pour le territoire. Mais partout aussi le même discours. « Nous avons des commandes, mais nous ne trouvons pas de main d’œuvre ! » Chaudronnier, tourneur, soudeur, grenailleur, et j’en passe. Des emplois à pourvoir au plus vite. Et devant les urgences à produire pour satisfaire des clients, éparpillés dans toute l’Europe, les PME se tournent naturellement vers des solutions Européennes, au cœur d’une région active qui n’a jamais manqué ses rendez-vous avec l’Europe.