En France : les patrons enchainés dans la rue

On n’a pas vu les patrons dans la rue depuis des années. A l’appel des syndicats et des organisations professionnelles, pour une fois réunis. Le fait est assez rare pour être souligné. Pourquoi sont-ils tous mobilisés pour manifester ensemble ? A cause des 70 000 entreprises qui déposent le bilan chaque année ? A cause des 90 taxes créées depuis 4 ans ? A cause des 70 milliards d’impôts supplémentaires depuis 3 ans ? A cause du CICE qui tarde à se mettre en place, et qui ne compense pas les hausses récentes ? A cause de la complexité administrative et juridique galopante en dépit des promesses de simplification ? A cause du Code du Travail qui a doublé en 20 ans, comme le chômage ? A cause des risques pénaux qui ne cessent d’augmenter pour les employeurs ? A cause des normes et des règlements, de plus en plus nombreux, qui s’additionnent et se contredisent ? A cause des contrôles de plus en plus sévères de l’URSAFF et de l’Inspection du travail ? A cause des cotisations ahurissantes du RSI, et son système de gestion délirant ?

             Il y a encore tellement de raisons que la liste semble interminable. On comprend bien qu’il n’y a pas de raison prépondérante. Le « ras-le-bol » est une expression qui résume bien l’exaspération des patrons de PME. Car on ne parle pas ici des « supers salariés » du CAC 40, qui gagnent des millions et sont protégés par des « retraites chapeaux ». Ceux-là ne sont pas dans la rue. Ceux qui manifestent sont les héros anonymes qui portent au quotidien, souvent à bout de bras, les TPE/PME. Qui sont-ils ? Des hommes et des femmes ordinaires, qui ont un jour rêvé de créer ou de reprendre une entreprise. Bien souvent, ils n’ont pas de fortune et sont obligés de s’endetter pour faire vivre la PME. Ils donnent tout pour faire vivre leur projet. La plupart du temps, ils sont entourés de collaborateurs investis. La première valeur ajoutée de ces entreprises, c’est l’humain.

             Ces PME représentent le tissu de notre économie. Elles sont plus de 3 millions. 90 % des entreprises en France font 500 KE de CA. Ces PME sont les premiers employeurs, avec 60 % des emplois du pays. Elles contribuent à créer 40 % du PIB, et 45 % de la valeur ajoutée du pays. Autant dire que ces acteurs économiques sont essentiels pour l’avenir de la France. Il est urgent de les soutenir et de les motiver. De leur donner envie de croître et de développer leurs activités. De leur donner confiance par une politique fiscale et sociale claire et lisible par tous. De leur permettre de créer de la richesse et de l’emploi. Or, que voyons-nous depuis trois ans ? Une politique de découragement et de matraquage.

 N’oublions pas que pendant qu’elles sont dans la rue, les PME ne créent ni richesse, ni emploi. Personne ne payera le temps passé à manifester ! C’est dire si l’enjeu est de taille. Car ce n’est pas dans la « culture » des patrons de descendre dans la rue. Les patrons de PME sont des gens qui aiment l’effort et le travail. Ils ne demandent rien d’autres qu’un environnement propice à récolter les fruits de leurs efforts et de leur travail. Laissons-les travailler. Développer. Innover. S’enrichir. Et ils enrichiront la société. Faisons sauter les cadenas qui entravent le travail. Cessons de brider les initiatives au nom de la sacro-sainte précaution. Aimons le risque. Travaillons mieux pour recueillir ensemble. Libérons les entreprises. Et c’est la société tout entière qui gagnera.