Encore un moment, Monsieur le bourreau !

Fabien Bécu, l’un des plus beaux hommes de Paris sous Louis XIV, était un le fils d’un maître rôtisseur. Grâce aux charmes de son physique, il épousa une comtesse veuve, appelée Séverine Bonnet de Cantigny. A la mort de celle-ci, le brave rôtisseur s’unit à une femme de chambre dont il eût sept enfants. Une des filles passaient pour être encore plus belle que son père. Elle se faisait nommer Anne Bécu de Cantigny, empruntant un nom qui n’était pas le sien. Très jeune, la belle fait parler de soi, en portant les fruits de ses amours secrètes avec un moine franciscain, dont elle aura une fille naturelle, Jeanne, que le monde entier connaîtra sous le nom de Madame du Barry ! Est-il nécessaire de gloser sur la beauté exceptionnelle de la jeune femme qui lui permettra de monter tous les échelons de la société jusqu’au lit du Roi ? Dernière favorite de Louis XV, elle consolera le souverain après la perte de Madame de Pompadour.

Quel destin funeste que celui de Madame du Barry ! Fille naturelle, sans grand appui, elle parvient à se faire une place dans le monde, grâce à son courage et à sa beauté. Vendeuse de mode dans une boutique, elle fréquente peu à peu les salons parisiens. C’est le Maréchal de Richelieu qui entreprend de la présenter au Roi. On connaît la suite, une longue succession de joies et de bonheurs, de soirées mondaines et de fêtes élégantes. Amie des philosophes, et des plaisirs de la cour, elle incarne ce XVIII° siècle français, brillant mariage de l’esprit et de la beauté. On vit, on joue, on s’amuse… on danse au dessus d’un volcan. La France de Louis XV est la première nation d’Europe. Elle donne le ton. Partout on copie sa littérature, son architecture, son mobilier, sa mode, sa gastronomie, ses usages, son art de vivre. Mais les finances publiques se dégradent… Versailles est un gouffre. Qu’importe, il est urgent de danser !

La France est bloquée. La société ne respire plus. Le chômage augmente autant que les impôts. L’économie est entravée. Le gouvernement impuissant à réformer. La croissance est en berne. Les entreprises n’ont plus de marges. La France de Louis XV ?… Non, celle d’aujourd’hui ! Partout en Europe on a réformé pour alléger le poids de la dépense publique. Partout ? Oui…partout… sauf en France. Où l’on continue d’attendre la croissance… comme les paysans attendent la pluie. Le siècle de Louis XV s’est achevé dans le chaos. Et la belle Madame du Barry, incarnation vivante des plaisirs brillants de son époque a été guillotinée sous la Révolution. Qui se souvient de sa dernière phrase ? Son dernier mot face à l’inéluctable. Ce mot si français qui résonne encore à nos oreilles, tandis que l’Europe entière se réforme. Comme elle, on aimerait prolonger le rêve. Attendre. Repousser encore une fois l’échéance. Sait-on jamais. Si le vent tournait. Essayons de gagner de temps. La chance reviendra. Pourquoi réformer? Il est plus agréable de danser. Même sur l’échafaud, on continue à croire que la partie n’est pas perdue. Madame du Barry est une femme de notre temps. Insouciante. Dépensière. Frivole. Elle n’a jamais été si actuelle :

- Encore un moment, Monsieur le bourreau !