Voyage dans la France qui produit

Cette semaine, j’étais en Normandie, au milieu du boccage et des prairies. Une verte campagne française où il fait bon vivre. Une histoire, une culture, des paysages. Toute la richesse d’un terroir français. Derrière les maisons à pan de bois et les fenêtres des rues, on imagine des attentes et des destins. Comment durer dans ces villages, quand on n’est pas artisan ou agriculteur ? Combien d’entreprises à l’horizon ? Par chance ou par bonheur, il existe parfois des employeurs sur le ressort de ces communes discrètes, à la sortie du bourg.

Qui sont ces entreprises qui restent accrochées à leur territoire, contre les vents et les marées de la globalisation ? La plupart du temps, il s’agit de PME à caractère familial. Un créateur s’est installé ici, un entrepreneur qui portait un projet industriel cohérent, et son affaire a prospéré. Entouré d’une équipe motivée, ce patron a fait grandir son entreprise. Et l’on voit aujourd’hui encore, dans les campagnes françaises, de belles PME industrielles qui comptent 50 à 100 employés, parfois même 200 ou 300 salariés.

Ces entreprises, je les visite en Bretagne, dans le Nord, dans l’Est, ou dans le Sud Ouest. Elles sont le fruit d’une belle rencontre façonnée par un projet, des hommes et un territoire. Pendant des années, ces PME à caractère familial ont su créer de la richesse, en récompense de leur travail, elles ont su investir pour se développer, agrandir et moderniser l’outil de production, pour créer d’avantage d’emplois. Solides, sérieuses, réactives, elles ont construit une relation de qualité auprès de leurs clients, éparpillés dans le monde entier.

Quand je rencontre les dirigeants de ces PME, qui produisent de la richesse, de l’emploi et des points de PIB, j’entends partout le même discours. Que redoutent-ils ? La mondialisation ? Non, leurs clients sont dispersés aux quatre coins du globe. Ils se sont adaptés. La complexité du droit social ? Oui, mais ils font face. La question du financement ? Ce sont de bons gestionnaires. Depuis le temps qu’ils sont à la manœuvre, ils ont constitué des réserves et les gèrent prudemment. Les commandes ? Non, ils ont des clients à l’export et refusent parfois du travail… Refuser du travail en période de crise ? Comment est-ce possible ? Parce que ces PME, ancrées dans leur commune, redoutent par-dessus tout la pénurie de main d’œuvre, dans un pays aux 5 millions de chômeurs !

Que fabriquent-elles ? Des cuves pour l’agroalimentaire, des châssis pour transporter ces cuves, des chambres froides, des centrales alimentaires, et bien d’autres produits nécessaires à notre confort. Elles travaillent l’acier ou l’inox avec un niveau de qualité reconnu dans le monde entier. Ces PME ont besoin de main d’œuvre qualifiée pour produire leurs commandes. Des chaudronniers, des soudeurs, des tuyauteurs. Mais voilà ! Des chaudronniers, des soudeurs, des tuyauteurs… elles n’en trouvent pas dans l’agence Pôle Emploi de leur territoire. Elles n’en trouvent pas dans les centres de formation de leur département. Elles n’en trouvent pas dans les agences d’intérim qui les accompagnent depuis des années. Alors quoi faire ? Refuser des commandes ? Cesser de produire ? Et mettre en danger l’ensemble de l’appareil productif, à savoir les 200 ou 300 salariés du groupe ? Fermer l’unité pour délocaliser ? Non, ces PME n’y songent pas un instant. Alors?… Alors elles se tournent vers la main d’œuvre Européenne, avec la volonté de respecter les bonnes pratiques et la RSE. La meilleure façon pour elle de préserver l’emploi des salariés historiques.