L’Europe va-t-elle mourir ?

La dernière pièce de BHL brosse encore et toujours une vision noire de l’avenir. « Hôtel Europe » est un manifeste. Celui d’un être désenchanté par ses propres candeurs. Dans son nouveau numéro, l’Express publie des extraits d’une sorte pensum appelé, pour mieux céder au pessimisme ambiant: «  Réflexions sur un nouvel âge sombre ». Tous les lieux communs sont déversés. L’union politique ou la mort. La dissolution des nations dans un grand fourre-tout indéfini. Le poison mortel des identités. Bref, tout ce qui fait que nous sommes ce que nous sommes. Chaque âge a ses naïvetés. La génération BHL a grandi dans la mythologie du «Plus jamais ça ! ». On avait banni la guerre et le malheur au rayon du passé. Non, la guerre, c’était pour les barbares. Pourtant, la sagesse des anciens nous a enseigné que la meilleure façon de protéger la paix…c’est encore de préparer la guerre. Les 30 glorieuses ont pollué les cerveaux. Le confort tue l’effort. La prospérité, le progrès, le bonheur à jamais. Orgueil d’une génération devant l’histoire des siècles. Depuis toujours, la vie des hommes nous apprend que les civilisations sont mortelles, que le monde est en changement perpétuel et que seuls les plus forts ont le droit de survivre, au prix d’une lutte constante. BHL ne comprend toujours pas pourquoi la guerre est revenue en Europe. A Sarajevo en 1992. Comme une vieille rengaine en écho à l’assassinat de l’Archiduc François-Ferdinand. Et ce constat d’incompréhension nourrit son amertume. Les Romains se méfiaient des raisonneurs. A ceux qui se prétendaient philosophes, ils opposaient des mœurs. Le Mos Majorum. La coutume des anciens. La pensée intime d’un peuple.

La dissolution des nations ? Mais pourquoi faire ? C’est mal connaître le cœur des hommes et la réalité du monde. Une nation, ce sont d’abord des mœurs, une langue, un art de vivre. Le pain n’a pas le même goût à Paris ou à Londres. On ne chante pas à Sofia comme on chante à Stockholm. On ne rit pas des mêmes blagues à Edimbourg et à Athènes. On ne boit pas les mêmes cafés à Vienne ou à Madrid. Le soleil n’a pas les mêmes couleurs à Rome et à Varsovie. On ne cueille pas les mêmes fleurs à Lisbonne ou à Oslo. On ne mange pas les mêmes plats à Berlin ou à Budapest. Pourquoi se plaindre de la diversité ? Pourquoi dissoudre les nations ? Parce qu’on garde en mémoire les affreux fantômes du nationalisme? « Le nationalisme c’est la guerre » clamait François Mitterrand devant le Parlement Européen. « Le nationalisme oui, corrige Jean-Pierre Chevènement, mais pas les nations ». La diversité est une richesse pour la nature mais aussi pour la culture. Il me plait de savoir que mes voisins ont des goûts différents. Qu’ils aiment d’autres plats. Qu’ils boivent d’autres vins. Qu’ils aiment d’autres chansons. Qu’ils lisent d’autres auteurs, d’autres livres, d’autres journaux. La diversité, c’est l’Europe. Le respect des nations, c’est la garantie de ma liberté.

Hier, BHL avait proclamé la Démocratie en Lybie. Aujourd’hui, il annonce la mort de l’Europe. Le refrain ne date pas d’aujourd’hui. Non, ce n’est pas la fin de l’Histoire. C’est la fin d’une génération de rêveurs. Les cols blancs de la rive gauche qui sévissent depuis la 2ème Guerre Mondiale. Antoine Blondin nous avait déjà prévenus, la nuit, dans les caves de Saint Germain-des-Prés, les penseurs nocifs se transforment en pensifs noceurs. Il suffit de voyager en Europe et d’ouvrir les yeux pour comprendre que nous appartenons à une communauté de destins, une communauté bien vivante. Combien de cathédrales ont été bâties en une génération ? Non, l’Europe n’a pas envie de sacrifier au pessimisme français. L’Europe est encore jeune. Elle est une œuvre que les générations se transmettent. Le chantier n’est pas achevé ? Tant mieux pour nous, le meilleur est à construire !