Saint Benoît, patron de l’Europe

SAINT BENOIT 2

« Ora et Labora » Prie et Travaille. Ces deux mots sont à l’origine d’une grande révolution culturelle en Europe. Sous l’Antiquité, le travail était maudit. Aux hommes libres la culture, les richesses et les loisirs. Aux besogneux le labeur, le dénuement et la servitude. Athènes et Rome ont bâti leurs empires sur les principes de l’esclavage. Le travail fut longtemps une activité douloureuse. Notre langue en témoigne encore. Le mot « travail » est tiré du latin tripalium, un instrument de torture à trois pieux, utilisé par les romains pour punir les esclaves rebelles. Angoissante vision du travail ! C’était avant la grande révolution bénédictine.

A la fin du V° siècle, l’Empire Romain est en déclin. Les barbares avancent. Les institutions se démantèlent. Dans ce monde plein d’inquiétudes et de turbulences, les vieux principes s’effondrent. Au milieu du chaos général, un homme agit en silence. Il est désigné par quelques moines pour sa sagesse et son autorité. Benoît (480 – 547) est un fils de patricien, né au centre de l’Italie. A Rome, il étudie le Droit et les Lettres Classiques. Mais très vite, le jeune homme est attiré par la vie contemplative. Il veut se retirer du monde, en vue, selon le récit de Saint Grégoire le Grand, « d’endurer les travaux pour Dieu plutôt que de s’élever par les faveurs de la vie ». On est au cœur de la vision bénédictine. Le travail n’est plus une malédiction, ni un fardeau, mais un moyen de se rapprocher de Dieu. C’est la première fois, dans le monde occidental qu’on regarde le travail comme un chemin d’accomplissement.

La sagesse de Benoît le conduit à guider ses frères. On le choisit pour Père Abbé. Il crée les monastères de Subiaco et du Mont Cassin. Mais la grande œuvre de Benoît c’est la rédaction de sa Règle. Une merveille de discernement, de psychologie et d’équilibre, où le travail détient une place fondamentale. Une révolution culturelle. Un traité de management vieux de 1500 ans. « Prie et Travaille ». La formule résume toute la philosophie de la Règle de Saint Benoît. Deux moyens de s’élever. L’un ET l’autre. Quelle audace ! Mettre à égalité la prière et le travail sur la balance d’une vie contemplative. Selon Benoît, le travailleur participe au projet du Créateur. Dieu a initié le premier mouvement. A l’homme de poursuivre et de libérer son essence créatrice. Grâce à cette nouvelle vision du travail, les monastères vont fleurir dans toute l’Europe médiévale. Ce seront des foyers de haute culture et de civilisation.  Moine [][]vient du grec Monos qui signifie seul. Le moine est un homme qui a choisi de vivre seul avec Dieu, au milieu de ses frères. Il suffit de voyager dans toute l’Europe, pour mesurer le succès de l’entreprise : Noirmoutier, Munster, Munich, Monaco, Montreuil, tous ces noms sont dérivés des termes : moine ou monastère.

Bonne fête à tous les Benoît !